Nous y voilà. L’accord UE–Mercosur, a enfin été signé en janvier 2026 à Paris après 25 ans de négociations. Mais tout d’abord, qu’est ce le Mercosur? Ce Mercado Común del Sur, ou Marché commun du Sud est un ensemble économique né en 1991 par le traité d’Asunción entre l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. C’est une union douanière, c’est-à-dire qu’elle instaure la libre circulation de biens et de services entre ses membres et un tarif extérieur commun vis-à-vis du reste du monde. Peu à peu, le Mercosur a gagné de nouveaux membres (Bolivie, en cours de ratification) et des partenaires associés (Chili, Colombie, Pérou, etc.). Ce bloc représente près de 270 millions d’habitants et environ 2,2 mille milliards de $ de PIB cumulé, soit huit fois moins que le PIB européen. Il dispose d’importantes ressources (terres agricoles fertiles, soja, bœuf, pétrole, minerais comme le lithium et le cuivre) et une influence géopolitique croissante. 

L’accord de libre-échange UE–Mercosur

Après 25 ans de tractations et de «oui, mais non», l’UE et le Mercosur ont conclu en janvier 2026 l’un des plus importants accords de libre-échange jamais négociés. Il prévoit la suppression de plus de 90 % des droits de douane sud-américains sur les produits européens, et vice versa. Ce commerce de biens UE–Mercosur s’élève à environ 111 milliards d’euros (environ 55 Mds€ d’exportations UE et 56 Mds€ d’importations, en 2024).

Auparavant, les tarifs douaniers du Mercosur dans ces branches étaient souvent de l’ordre de 20–30 %. En supprimant ces barrières, les exportations européennes de produits industriels devraient augmenter de manière significative.

Côté agroalimentaire, l’accord est très encadré. Des quotas limités ont été négociés sur les produits sensibles sud-américains. Par exemple, 99 000 tonnes de bœuf pourront entrer dans l’UE à un tarif réduit (7,5 %), ce qui équivaut en faite à seulement 1,6 % de la production européenne annuelle.

Mais, même si ces nouveaux échanges semblent révolutionnaires, les estimations économiques officielles jugent que l’impact global sur le PIB va cependant être très faible. La Commission européenne à calculé une hausse annuelle du PIB de l’UE de seulement 0,05 % d’ici 2040 et de 0,25 % pour le Mercosur. Pourquoi? Parce que le Mercosur a un faible poids dans les exportations européennes (moins de 2 % du total, <0,3 % du PIB UE). 

Mais alors pourquoi faire? En réalité, c’est avant tout l’argument géopolitique qui a convaincu de nombreux États : l’accord permet de diversifier les partenaires de l’UE face au protectionnisme américain de Trump et à la dépendance chinoise, chose qui pourrait potentiellement s’avérer cruciale dans les années à suivre. 

Notons quand même que ce traité reste avant tout commercial, c’est-à-dire que le Mercosur n’est pas une alliance politique ou militaire.

Mais alors pourquoi cet accord pose t’il problème ? 

« Viandes contre voitures ». Si vous suivez l’actualité en France, pas même besoin de vous rappeler que le secteur agricole français est la principale source d’inquiétude. 

Il faut comprendre que la plupart des agriculteurs européens ont de faibles marges et dépendent des aides de la PAC (Politique agricole commune) pour subsister.
La PAC avait été conçue pour assurer la souveraineté alimentaire, et des revenus décents. Elle verse aujourd’hui des subventions représentant souvent plus de 70 % du revenu net moyen d’une exploitation familiale. 

Du coup, à court terme, les exploitants ont très peur d’une chute des prix. Comme l’explique l’expert Hannes Lorenzen, le Mercosur « va rendre les agriculteurs européens plus dépendants des flux internationaux de capitaux et de matières premières agricoles ». 

En gros, une hausse des importations de bœuf ou de soja à bas coût menacerait directement des exploitations déjà fragiles.

En janvier 2026, des agriculteurs français ont donc manifesté pour protester contre l’accord, qu’ils jugent inéquitable. 

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Résultat : les gouvernements européens ont dû prévoir des « clause de sauvegarde », si les importations agricoles du Mercosur augmentent trop brusquement (ou font chuter les prix de plus de 5 %), des droits de douane temporaires pourraient être rétablis. Mais à long terme, rien ne garantit que ces protections seront suffisantes, d’où le scepticisme des syndicats agricoles aujourd’hui. 

Voyons ce qui se passe sur le plan environnemental, là où les doutes sont tout aussi sérieux. Malheureusement, le Mercosur comprend des pays où la régulation est moins stricte qu’ici en Europe, où la productivité reste privilégiée à la protection environnementale. Certaines études font craindre que l’accord n’accélère la déforestation : rien que pour le bœuf, les experts pointent une hausse possible de 5 à 25 % par an de la déforestation amazonienne lors des six premières années d’application. 

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D’autres risques, cette fois sanitaires, apparaissent. L’usage intensif de pesticides interdits en Europe est très élevé en Amérique du Sud. Aujourd’hui les importations Mercosur (environ 6 % de la consommation de céréales/oléagineux de l’UE) contribuent déjà à 25 % de l’empreinte pesticides européenne. 

Pire, l’accord réduit les droits de douane sur des pesticides européens eux-mêmes interdits dans l’UE, ce qui pourrait encourager leur usage. Cette absence de réglementation sur ces produits fait en plus craindre une concurrence « déloyale ».

Enfin, l’accord relève des enjeux éthiques, en rapport avec les droits humains et conditions de travail. De nombreux produits agricoles tropicaux importés (cacao, café, canne à sucre, huile de palme, vanille…) sont liés dans les pays producteurs à des violations du droit du travail (on y retrouve le travail d’enfants, les salaires très bas, ou encore le travail forcé). 

Par exemple, une étude du BASIC (Greenpeace/ONG) montre que dans les filières de la vanille ou de l’huile de palme, les travailleurs agricoles ne touchent parfois que 40 % du revenu nécessaire pour un niveau de vie décent, et 57 % dans la filière cacao. 

En somme, l’ouverture commerciale fait baisser le prix final affiché dans les supermarchés, mais ce qui manque d’être affiché est le coût social et environnemental désastreux.

Cependant, il existe bien certains avantages… 

Du côté des avantages, certains secteurs européens en sortent quand même gagnants. L’industrie automobile, chimique, pharmaceutique et plus largement de la haute technologie est prête à profiter de l’ouverture aux marchés sud-américains. Contrairement aux fermiers, ces industries peuvent absorber la concurrence accrue car elles ont déjà des modèles concentrés et exportateurs. Par ailleurs, certains secteurs agricoles européens bénéficieront aussi de l’accord : il reconnaît 344 “appellations d’origine protégées” (AOP/AOC) françaises en Amérique latine (Champagne, Cognac, Comté, jambon de Bayonne…) et supprime les droits de douane sud-américains (27 % actuellement) sur les vins et certains produits laitiers.

Mais l’accord revêt surtout une dimension géostratégique. Confrontée au contexte international qui se fragmente (hausse du protectionnisme US, rivalités avec la Chine), il est impératif pour l’UE de chercher à diversifier ses partenaires commerciaux. 

En ouvrant cet accès, l’Union européenne espère réduire ses dépendances extérieures.


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