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Actualité politique internationale – Afrique, Côte d’Ivoire
À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre, la Côte d’Ivoire se trouve dans une position délicate. Le président Alassane Ouattara brigue un quatrième mandat, une décision controversée, tandis que l’exclusion de certaines figures de l’opposition alimente des inquiétudes grandissantes sur une stabilité qui demeure fragile.


Le 29 juillet dernier, mettant fin à un long suspense, l’actuel président ivoirien depuis 2011, Alassane Ouattara, âgé de 83 ans, a officiellement annoncé sa candidature aux présidentielles d’octobre. Cette annonce est loin de plaire à ses opposants, qui mettaient déjà en doute la constitutionnalité de son troisième et actuel mandat. En effet, en 2020, à l’issue de deux mandats, Ouattara avait obtenu du Conseil constitutionnel ivoirien la possibilité de se représenter une troisième fois, la proclamation de la IIIe République au cours de son deuxième quinquennat ayant, selon le Conseil, remis les compteurs à zéro. Le Président en titre se présenterait donc pour l’équivalent d’un deuxième mandat sous l’actuelle République.
Cette façon de procéder n’est pas un cas isolé en Afrique: Alpha Condé, en République de Guinée, a par exemple fait passer une réforme constitutionnelle en 2020 afin de se représenter, une décision qui avait entraîné des soulèvements. On pense également à la levée de boucliers qu’avait provoquée en 2024 l’annonce d’une troisième candidature du président sénégalais Macky Sall 2024, qui avait été contraint d’y renoncer.
Les partisans du président Alassane Ouattara justifient cette nouvelle candidature par la nécessité de maintenir la stabilité du pays difficilement établie après la fin de la crise politico-militaire de 2010-2011, ainsi que la poursuite et l’achèvement des grands chantiers économiques engagés sous la présidence de Ouattara.
L’opposition critique quant à elle cette nouvelle candidature en la qualifiant de “passage en force”, voire même de dérive autoritaire. Elle considère qu’il n’y a pas de rupture entre les deux constitutions et reproche au président de ne pas passer la main aux nouvelles générations.
Le triste souvenir de la dernière “crise” (2010-2011), qui avait causé la mort de près de 3 000 personnes est encore bien présent dans l’esprit de la population. Beaucoup craignent que ces tensions, ou d’éventuelles illégalités du scrutin, n’entraînent contestations et violences.
Ces tensions commencent effectivement à se faire sentir sur le terrain, comme le montre, par exemple, la manifestation de milliers de militants du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) le 14 juin dernier, réagissant contre l’exclusion du processus électoral de leur candidat, Tidjane Thiam, au cris de “CIE corrompue” (la CIE étant la Commission électorale indépendante).
En plus d’Alassane Ouattara, les électeurs ivoiriens auront le choix parmi quatre autres candidats, retenus sur une liste originelle de soixante noms.
- Simone Ehivet Gbagbo, ex-femme de l’ancien président Laurent Gbagbo, se présente à la tête de sa propre formation, fondée en août 2022, le Mouvement des générations capables (MGC).
- Henriette Lagou, ancienne ministre, avait déjà été candidate en 2015.
- Jean-Louis Billon, candidat du Congrès démocratique (CODE), est ancien ministre du commerce et actuellement député.
- Ahoua Don Mello, militant du PPA-CI (Parti des peuples africains), se présente comme une «candidature de précaution», bien que désavoué par son parti.

Quatre poids lourds de l’opposition, également candidats, ont toutefois été exclus du scrutin. Il s’agit de l’ancien président Laurent Gbagbo (2000-2011), de son ancien bras droit Charles Blé Goudé et de l’ancien Premier ministre en exil Guillaume Soro, tous trois radiés de la liste électorale pour condamnations en justice. La candidature de Tidjane Thiam, le leader du principal parti d’opposition, le PDCI, a elle aussi été écartée par la justice pour des désaccords au sujet de sa nationalité.
Bien que les autorités nient toute intervention politique, ces exclusions contribuent toutefois à alimenter les contestation, le jeu politique semblant verrouillé. Il n’est pas rare en Afrique que les opposants soient tenus loin des urnes, même si c’est parfois avec moins de subtilité que dans le cas ivoirien (nous pensons au Niger en 2023, ou au Bénin en 2019-2021). En Côte d’Ivoire, ces interventions contribuent à développer une méfiance à l’égard des institutions, et aggravent les tensions, même si en apparence, une grande tranquillité règne dans le pays.
Comme souvent, afin de veiller à la transparence du scrutin, et donc à la stabilité de la situation, des observateurs internationaux sont ou seront déployés: CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), Union africaine, Union européenne et Nations Unies, tous insistant sur une élection transparente et inclusive.
La présidentielle d’octobre constituera une sorte de test pour la stabilité en Côte d’Ivoire. Le résultat du scrutin semblant presque joué d’avance, pour les acteurs économiques comme pour une partie de l’opinion, il est clair que la stabilité devrait l’emporter sur l’alternance démocratique. Pourtant, malgré un calme apparent, des tensions politiques sont néanmoins présentes, et seul le proche avenir nous éclairera sur la suite des évènements.


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